Lâcher prise

J’ai souvent entendu de la bouche de mes amis :  “Tu devrais passer à autre chose”, “Tu prends les choses trop à cœur”, “Tu devrais prendre du recul”.

Et à chaque fois qu’on me dit ça j’ai l’impression qu’on ne me comprend pas, je suis submergée par les émotions et je ne vois rien d’autre, je suis incapable de prendre du recul et de lâcher-prise. Et pourtant quand la tempête passe je réalise à quel point je me suis pris la tête pour rien.

Le lâcher prise c’est laisser de côté tout ce qui m’empêche d’aller bien ? Mais alors oui, mais bon je fais comment ? Je fais comment pour lâcher et pas retenir ?

Retenir équivaut à croire qu’il y a seulement un passé ; lâcher prise, c’est savoir qu’il y a un avenir, que les choses peuvent être différentes. Je suis consciente de ça mais au moment ou un imprévu arrive je n’arrive pas à prendre le recul nécessaire.

Encore la semaine dernière où je prévois des vacances au soleil avec un programme approprié, je m’aperçois que la météo n’est pas au rendez-vous. Et là je vois le sort qui s’acharne contre moi et comme je ne contrôle plus le programme, je vois tout noir et au lieu de profiter je me focalise sur le temps ! Avec du recul c’est ridicule mais voilà.

En fait, lâcher prise peut s’expliquer et s’appliquer de bien des façons. Mais une manière très simple de l’apprivoiser consiste à l’opposer à son contraire : le contrôle. Nous avons souvent besoin d’avoir le contrôle, que ce soit sur notre travail, sur notre vie personnelle, sur nos émotions, sur nos amis, sur notre partenaire. Et nous aimerions bien parfois avoir le contrôle sur des événements qui, justement, sont hors de notre contrôle.

Lorsque je réalise que je ne peux changer ni les événements ni les autres et que je peux seulement changer ma façon de les percevoir, alors je suis dans le lâcher prise.

Faire une distinction entre ce que nous pouvons contrôler, ce que nous pouvons influencer et ce que nous ne pouvons ni contrôler, ni influencer est sans doute une première étape dans le lâcher prise. Mais pourquoi trouvez-vous si difficile de laisser aller votre besoin de contrôle ? Parce que vous niez ou parce que vous êtes peu conscient des peurs liées à l’absence de contrôle.

Par exemple, vous pouvez craindre des autres qu’ils vous dominent, avoir peur de vous tromper, peur de ne pas être adéquat, peur de manquer de quelque chose. Mais plus vous cherchez à contrôler (vos collègues, votre partenaire, vos enfants, une manière de faire les choses, l’opinion des autres ou même votre apparence), plus cela est signe d’insécurité et moins vous lâchez prise.

Lâcher prise est un acte de confiance

Cela nécessite l’acceptation de vos limites, la reconnaissance des autres dans leurs différences et la capacité de faire avec ce qui se présente dans le moment présent. La tentation est grande toutefois de refuser ce qui n’est pas conforme à vos désirs, de résister à ce qui se présente. Votre besoin de contrôle fait que vous vous acharnez sur ce qui aurait pu être ou ce qui devrait être et que vous oubliez ce qui est présent.

Devenir conscient de vos émotions face à ce qui arrive et pouvoir les exprimer sont une importante étape dans le lâcher prise.

Devenir également conscient de l’absurdité de vouloir contrôler sur ce que vous ne pouvez pas changer ou influencer. Devenir conscient de toute la perte d’énergie et de bien-être que représentent le perfectionnisme et l’acharnement.

Penser de façon obsessionnelle à un problème est la plupart du temps complètement inefficace et ne le règle surtout pas. On appelle cela de la résistance. Au contraire, vous en détacher provisoirement peut permettre à votre cerveau de faire émerger certaines solutions et surtout de laisser la place à l’originalité et la créativité.

Votre défi pour avancer, c’est donc d’accepter que ce que vous avez connu dans le passé ne sera plus là, ne reviendra plus. La première question à vous poser, donc, pour comprendre pourquoi avez autant de difficulté à lâcher prise dans certaines situations c’est : de quoi dois-je faire le deuil?

Peut-être devez-vous faire le deuil de votre confort, d’habitudes, de comportements, de votre sécurité, d’une image de vous-même, de votre identité professionnelle, de la reconnaissance des autres, de rapports sociaux, de l’organisation de votre temps, de l’avenir que vous imaginiez, etc. Lâcher prise implique parfois aussi de faire le deuil d’une croyance ou d’une règle, tous ces Il faut et Je dois que vous avez appris, qui sont conditionnés et inefficaces quant au résultat.

 
Par exemple :
« Il faut que tout soit parfait »
« Tout doit toujours fonctionner comme je le veux » 
« Je dois tout faire moi-même »

D’autre fois, c’est du résultat qu’il conviendra de faire le deuil puisqu’il n’est pas entièrement sous notre contrôle, comme par exemple les résultats scolaires de notre enfant ou l’ordre dans sa chambre.

Plusieurs auraient intérêt à faire le deuil de leur passé, de leurs épreuves, de leurs problèmes, puisqu’ils ne peuvent changer le passé et que le ressasser inlassablement les empêche de profiter du moment présent. Traîner avec eux des deuils, pendant des années, et refuser de tourner la page ne réussit qu’à miner leur propre moral et celui des autres.

Les deuils à faire sont donc multiples, que l’on songe à toutes les idées irréalistes que vous entretenez sur vous-même (vouloir être apprécié de tous, par exemple, ou vouloir que tout le monde autour de vous soit bien).

Ou encore, les attentes que vous avez pour les autres (souhaiter que votre conjoint ou votre collègue de travail ait un caractère différent) ou sur le travail, etc.

Il y a bien évidemment des deuils plus difficiles à faire que d’autres, comme celui d’une valeur importante à nos yeux. Par exemple, l’infirmière qui devrait faire le deuil du temps qu’elle passe avec un patient en raison d’une réorganisation d’un plan de soin, et qui a comme valeur importante la relation qu’elle établit avec une personne, trouvera très difficile de faire le deuil de cette partie de son travail. Pour elle, ce serait presque se renier elle-même, renier sa mission. 

Nous pouvons comprendre alors l’énorme résistance qu’elle développera, résistance qui pourra aller jusqu’à se chercher un milieu de travail plus satisfaisant qui respecte sa valeur. À moins qu’elle ne change le processus de vérification de cette même valeur, c’est-à-dire la façon qu’elle a de savoir que cette valeur est respectée.

Lâcher prise implique donc parfois de nous changer nous-même ou de nous accepter avec nos limites, nos valeurs, ce qui nous permet d’accepter les autres bien plus aisément.

Le cerveau humain est très complexe et capable de grandes choses, à condition que nous développions sa grande flexibilité. Être flexible, c’est accepter de lâcher prise si les moyens que nous utilisons ne fonctionnent pas, c’est aussi essayer autre chose, une autre stratégie. C’est aussi nous mettre en recherche active de d’autres moyens pour arriver à nos fins. C’est accepter de laisser aller un certain contrôle.

Et par expérience à chaque fois que j’ai réussis à lâcher prise alors les choses se sont bien passées.

Le plus difficile est d’être en conscience et de faire au mieux. Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas, mais je crois que comme tout c’est un entrainement.

J’espère avoir pu vous donner certaines clés à travers cet article et les recherches que j’ai pu faire. En tous les cas ça m’a fait du bien d’écrire ces mots et je me sens déjà plus armée à gérer le prochain conflit qui va arriver.

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